jeudi 6 juillet 2017

Compte-rendu de soutenance de Mémoire de mastère de recherche en didactique de l’histoire Sujet : Pratiques enseignantes & Apprentissage de la démarche historienne chez les lycéens en Tunisie


Compte-rendu de soutenance de
Mémoire de mastère de recherche en didactique de l’histoire
                                                                                                          
Sujet : Pratiques enseignantes & Apprentissage
de la démarche historienne chez les lycéens en Tunisie

Etudiant : Fadhel JEBABLI
Directeur de recherche : Pr. Mokhtar AYACHI
Lieu : Institut Supérieur de l’Education et de la Formation Continue – Université Virtuelle, le Bardo, Tunis
Date : Jeudi 2 mars 2017
Mention : Très Bien (17/20)
              
        Il s’agit, dans ce travail (de 186 p), de Fadhel Jebabli, de l’analyse du processus enseignement/apprentissage centré sur la question de la démarche historienne c'est-à-dire sur la posture enseignante concernant le rapport au savoir historique (chez les lycéens tunisiens).

        Ce travail a pour cadre la réforme éducative de 2002, plus connue sous l’appellation de « loi d’orientation du 23 juillet 2002 ». Les programmes et Instructions Officielles, concernant la matière histoire, impulsent une orientation de l’enseignement qualifiée d’« innovation » et « d’évolution », au niveau du second degré.

        Dans ces documents officiels, les enseignants sont appelés à établir un nouveau rapport au savoir historique et à appliquer des méthodes actives, notamment socio constructivistes en classe en insistant sur la démarche historienne, qui consiste à visiter l’histoire du côté de l’épistémologie en la considérant en tant que science de l’homme vivant en société.

        Le raisonnement historique devient une compétence essentielle ciblée par l’enseignement/apprentissage de cette matière. L’objectif est de former le citoyen éclairé disposant d’un esprit critique conscient de ses devoirs et de ses droits et non le sujet passif (manipulable, dépourvu d’esprit critique)…

        Il s’agit ici pour le candidat d’analyser l’écart entre les intentions officielles, dans les programmes et autres Instructions Officielles, et l’opération d’enseignement/apprentissage en focalisant sur le pôle enseignant. Le paradigme choisi ici est « la démarche historienne » dans l’enseignement de second degré. Elle constitue la méthode privilégiée pour appréhender le savoir historique en le problématisant.

        La justification du choix de la thématique de la recherche est largement commentée par le candidat. Il s’agit de l’enseignement/apprentissage de l’histoire en tant que discipline scientifique et non en tant qu’ensemble de savoirs narratifs dépourvus d’esprit critique qu’il s’agit d’inculquer. Autrement dit, la démarche historienne motive l’élève et donne du sens au cours d’histoire, compétence sur laquelle insistent, d’ailleurs, Les Instructions Officielles.      

        Mais, la carence du raisonnement historique dans l’enseignement du second degré est une constatation faite par le candidat durant ses années d’exercice du métier d’enseignant. Les élèves, pour leur part, manifestent un certain rejet de la matière historique considérée comme « difficile » et « inutile ». Un rapport négatif avec cette discipline commence même par forger des stéréotypes préjudiciables pour la discipline. Mais, comment remédier à cette posture négative des élèves, usant de plus en plus de la pratique de « fausses copies » durant les évaluations des acquisitions de connaissances ?
Ce rapport au savoir historique, du côté des élèves, est dicté aussi ou déterminé par le rapport de leurs enseignants, avec la matière enseignée, considéré comme « passif »…

        La problématique soulevée concerne ici la contradiction entre l’esprit des programmes officiels et des Instructions qui les accompagnent, notamment depuis 2006, et l’état de chose constaté en classe d’histoire. La situation devient davantage critique si l’on sait que l’étape de formation, au niveau du 2e cycle de l’enseignement du second degré, est une étape cruciale préparant l’élève à la citoyenneté et à l’enseignement supérieur… Tout cela constitue les mobiles scientifiques de cette recherche.

        Quant aux objectifs déclarés du travail, ils visent l’évaluation du profil des enseignants d’histoire et leur conception de leur enseignement ou de leur pratique en classe avec leurs élèves. Ces objectifs s’intéressent également aux difficultés des élèves à acquérir un raisonnement historique. Mais cette constatation a-t-elle un rapport avec les représentations qu’ont les élèves de la discipline historique depuis l’enseignement primaire. Leur rapport au temps historique a-t-il changé ? Y a-t-il eu une rupture, ou plutôt une continuité, dans les pratiques d’enseignement entre l’école primaire et l’enseignement de second degré ?

        Quant aux attentes déclarées de ce travail, elles visent particulièrement à amener les enseignants d’histoire à revoir ou repenser leurs pratiques en classe en vue d’un rapport plus actif au savoir historique, ce qui ne peut qu’améliorer nécessairement la nature des acquis des élèves. Mais, cela ne pourrait se faire sans l’approche didactique qui demeure insuffisamment connue chez le corps enseignant, non formé, d’ailleurs, au métier de la gestion du savoir en classe.

        Les différentes constatations, déjà énumérées, ont amené l’auteur de ce mémoire à formuler les trois hypothèses suivantes :

                -  la 1ère concerne le profil de formation des enseignants d’histoire,
- la seconde concerne la conception classique de l’histoire chez les enseignants, matière  plutôt considérée comme appartenant au genre littéraire,
  - la troisième concerne les pratiques désuètes, en vigueur, qui ne conduisent pas les élèves aux compétences critiques de la démarche historienne, favorisant la formation à la citoyenneté.

        Un certain nombre de concepts opérateurs sont utilisés, dans cette démarche de l’auteur,  comme outils de recherche, tels que :
               - la démarche historienne
               - le raisonnement historique
               - la sensibilité historienne
               - les pratiques enseignantes
               - le rapport au savoir, etc…
D’autres outils, non moins importants, sont formés par les trois enquêtes menées auprès d’enseignants d’histoire et d’élèves dans deux lycées différents : l’un situé à l’intérieur du pays (au Kef), l’autre situé sur la côte (Bizerte). Un troisième questionnaire est soumis aux Inspecteurs d’histoire-géographie, exerçant dans plusieurs régions du pays.

        L’originalité de ce travail réside essentiellement dans la focalisation de sa problématique sur le pôle enseignant ; et c’est le 1er travail en didactique de l’histoire, dans ce genre, mené à l’ISEFC.

        Au niveau méthodologique, le candidat a commencé son travail par une lecture critique de l’état des lieux de la question traitée (une sorte d’observation clinique d’une thérapie), focalisant sa démarche sur le paradigme de la démarche historienne entre enseignement/apprentissage. Cette approche de didactique de la recherche évite de tomber dans l’anachronisme des théories, sans rapport avec une réalité de pratique d’enseignement à l’école tunisienne.

Ainsi une première partie consacrée au diagnostic ou plutôt à la situation problème, considérée également comme une sorte d’observation clinique d’une thérapie, est nécessaire en tant que fondement ou infrastructure de la recherche à partir de laquelle le candidat mène son investigation.

        La seconde partie du travail est consacrée à la visite des résultats du savoir savant, aux lectures de travaux antérieurs en rapport avec la thématique de la recherche et sa problématique.

        Enfin, une troisième et dernière partie est réservée à la question empirique de la recherche permettant de vérifier la validité des trois hypothèses émises au départ.

       *  Quelle est l’originalité des résultats obtenus, enfin ?
    - un grand nombre de lycéens n’ont pas acquis, sur les bancs scolaires, l’habileté à se situer dans le temps et dans l’espace,
    - limite des compétences professionnelles des enseignant,s due à la carence de leur formation à l’université (en épistémologie et en didactique de l’histoire,)
    - limite de la formation de formateurs (Inspecteurs) censés combler ces lacunes des cursus universitaires …

Cette réalité exprime ainsi les raisons de la persistance de l’enseignement traditionnel avec la médiocrité du rendement qui s’en suit, en l’absence de mesures pédagogiques et didactiques touchant profondément l’enseignement de la matière historique aux trois niveaux suivant:

      1. programme scolaire, temps consacré à l’enseignement hebdomadaire de cette discipline et coefficients accordés à cette matière pour la sortir de la marginalité…
        2. formation des enseignants à l’université qui demeure désuète.
        3. formation de formateurs en didactique, en vue de corriger les lacunes du rapport au savoir, au niveau des enseignants…

        D’ailleurs le candidat fournit un certain nombre d’hypothèses en pages 146 et 147 permettant une mise à niveau de l’enseignement/apprentissage de la discipline historique en tant que matière scientifique. Ce qui améliorerait nécessairement le rendement du système éducatif, pour lequel le contribuable n’arrête de consentir des sacrifices, et apporterait des satisfactions aux attentes sociales qui s’expriment, de plus en plus, en termes de besoins d’une nouvelle histoire critique alimentant la gestation de société civile…     

                                                                                                                  Mokhtar AYACHI